Le pré-mortem est l'un des outils les plus sous-estimés du Product Management. Le principe, popularisé par Gary Klein, est radicalement simple : avant de lancer un projet, on se projette dans le futur en imaginant qu'il a totalement échoué, puis on remonte aux causes. Appliqué à l'IA, c'est un antidote précieux à l'euphorie ambiante.
Pourquoi l'IA en a particulièrement besoin
Les projets IA cumulent des risques que les projets logiciels classiques n'ont pas : hallucinations, dérive des modèles, coûts d'inférence imprévisibles, dépendance à un fournisseur, enjeux réglementaires et de données sensibles. L'enthousiasme autour des démos masque souvent ces angles morts. Le pré-mortem les force à émerger avant qu'ils ne coûtent cher.
Comment l'animer en 45 minutes
- Poser la défaite : « Nous sommes dans 6 mois, le projet IA est un échec total. Que s'est-il passé ? »
- Écriture silencieuse : chacun liste les causes seul, sans s'auto-censurer, pour éviter la pensée de groupe.
- Mise en commun : on regroupe les causes par thème (technique, usage, conformité, économique).
- Priorisation : on note chaque risque par probabilité et impact.
- Plans d'action : pour les risques majeurs, une parade concrète ou un signal d'alerte à surveiller.
Les causes d'échec qui reviennent
Sur les projets IA, le pré-mortem fait remonter presque toujours les mêmes coupables : un cas d'usage qui n'apporte pas assez de valeur pour justifier la complexité, une qualité jugée « suffisante » en démo mais inacceptable en production, l'absence de protocole d'évaluation, et une expérience utilisateur qui ajoute de la friction au lieu d'en retirer. Identifier cela en amont vaut des mois de développement.
Un réflexe de leader
Le pré-mortem ne ralentit pas un projet, il le sécurise. Il transforme un optimisme aveugle en confiance lucide, et il donne la permission de dire « voici ce qui peut mal tourner » sans passer pour le rabat-joie de service. Dans un monde où l'IA va vite, prendre 45 minutes pour imaginer l'échec est l'investissement au meilleur rendement que je connaisse.