En 2019, j'ai piloté chez Compass Group France l'un des projets dont je suis le plus fier : la Borne Express (SmartCheckout), une borne d'encaissement capable de reconnaître le contenu d'un plateau repas grâce à l'intelligence artificielle. À l'époque, c'était une première mondiale en restauration collective, et la première européenne de cette ampleur. Plus de six ans après, elle reste en avance sur ce que propose le marché.
Le problème : la file d'attente du déjeuner
Dans un restaurant d'entreprise, le pic du midi concentre des centaines de convives sur une heure. Le goulot d'étranglement n'est pas la cuisine : c'est l'encaissement. Chaque seconde passée en caisse, multipliée par des milliers de passages, dégrade l'expérience et la rentabilité. C'est exactement le genre de Muda (gaspillage, au sens Lean) que j'avais appris à traquer dans mes années d'amélioration continue.
La solution : voir le plateau, pas le scanner
Plutôt que de demander au convive de scanner chaque article, la Borne Express regarde le plateau et identifie les plats par reconnaissance visuelle. Le principe, tel que décrit dans la presse [1] :
- Reconnaissance visuelle par IA du contenu du plateau, en
moins de 300 millisecondes
[1]. - Encaissement complet en
moins de 10 secondes
[1]. - Identification du convive par badge, pour appliquer la subvention employeur.
- Partenariat technologique avec la start-up française Deepomatic, spécialiste de la vision par ordinateur [1].
La promesse est simple : on pose son plateau, la borne reconnaît, on paie, on part. Pas de scan, pas de friction.
La reconnaissance : Trophée d'Or de la Disrupt'Night
Le projet a été récompensé par le Trophée d'Or de la 9ᵉ Disrupt'Night, à Paris (Théâtre de la Madeleine), dans la catégorie de l'entreprise la plus disruptive de France pour ses grands projets [2]. Au moment de la récompense, la solution était déjà déployée en pilote dans une vingtaine d'établissements [1][2]. Le projet a été mené avec Olivier Malvezin, alors directeur de la transformation digitale Europe continentale de Compass Group France [1].
Pourquoi c'était (et reste) en avance
Mettre de la computer vision en production, dans un environnement réel, à des milliers de passages quotidiens, en 2019, relevait du défi industriel autant que technologique. Là où beaucoup parlaient d'IA en slide, nous l'avons mise dans les mains des convives, tous les jours, à l'heure du déjeuner. La barre technique : une reconnaissance fiable, sous la seconde, sur des plateaux infiniment variés.
Six ans plus tard, alors que la « caisse intelligente » devient un sujet à la mode, je constate que peu d'acteurs ont atteint ce niveau d'intégration IA + opérations + expérience. La leçon que j'en retiens, et que j'applique encore : une innovation n'a de valeur que mise en production, au contact réel des utilisateurs, avec un impact mesurable sur le flux et la rentabilité.
Ce que ce projet m'a appris
- L'IA utile, pas décorative : la techno doit retirer de la friction, pas en ajouter.
- Le terrain d'abord : c'est en observant la file d'attente qu'on trouve le vrai problème à résoudre.
- Make / buy / partner : s'allier à un spécialiste (Deepomatic) plutôt que tout réinventer.
- Mesurer l'impact : vitesse d'encaissement, satisfaction, débit aux heures de pointe.
Sources
- [1] IT for Business (n° 2238, avril 2019), dossier transformation digitale — pages 32-33.
- [2] L'Hôtellerie-Restauration, « Compass Group France remporte le Trophée d'Or de la 9e Disrupt Night pour sa Borne Express » — lhotellerie-restauration.fr
Les passages entre guillemets sont des citations de la presse ci-dessus ; le reste est mon témoignage personnel en tant que chef de projet.